#Entreprendre / Ce que le jardinage nous apprend sur l’entrepreneuriat et l’innovation 👨🏼‍🌾

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Depuis plus de 2 ans je me suis installé dans le Perche par intermittence et y ai lancé un projet autour du jardinage qui me tient à coeur : Le Potager Perché. Étonnamment, sur ces deux années j’ai autant appris sur l’entrepreneuriat et l’innovation en jardinant qu’en accompagnant nos clients !

En effet je mène une expérimentation sur le potager autonome, c’est à dire une approche du jardinage permettant aux personnes possédant des résidences secondaires de manger des légumes du jardin toute l’année sans pour autant passer plus de 2h heures par mois à jardiner. Si j’estime ne pas encore avoir atteint l’objectif que je me suis fixé, l’approche est prometteuse et ce projet m’enchante et me motive au plus haut point.

Voici donc 7 vérités entrepreneuriales revisitées au travers de mes expériences de jardinage au Potager Perché et des apprentissages associés :

1️⃣ Une idée ne vaut rien, seule son exécution compte

C’est une vérité sur laquelle nous insistons beaucoup auprès des participant·e·s de nos ateliers / sprints et des étudiant·e·s de notre cours d’entrepreneuriat à l’Inseec – SupCareer. Et pourtant, il est parfois difficile lorsque l’on est porté·e par l’enthousiasme de « la bonne idée » de comprendre en quoi elle ne va pas forcément se traduire par un projet qui déboite et pourquoi elle sera forcément amenée à évoluer.

Lorsqu’il s’agit du jardinage, la réalité est prompte à rattraper la vision idyllique. Entre l’envie « je veux me nourrir à partir de légumes variés du jardin » et la réalité « ras le bol de manger des courgettes » il y a un sacré fossé. Vous pouvez être armé·e des meilleurs intentions du monde, c’est ce que vous allez faire sur le terrain qui va conditionner la réussite de votre potager, pas les plans sur la comète que vous avez tiré.

[blockquote]Une idée est un point de départ qui va devoir évoluer tout au long du projet, en particulier dans votre potager.[/blockquote]

À titre d’exemple, cette année j’avais décidé de ne pas faire de semis en serre mais de planter les graines en pleine terre directement pour gagner du temps et tenir l’objectif moins de 2h / mois. Énorme échec. Une combinaison de facteurs externes a fait que moins de 20% des graines semées ont germé… je ne vous raconte pas ma tête.

Ce n’est donc pas comme ça que j’arriverais à réduire le temps passé dans le jardin, sauf à vouloir ne rien récolter 😂 Idem pour les mini-serres bricolées en mars sur deux zones de culture qui se sont soldées par un autre échec. L’idée était géniale, l’exécution ratée mais les apprentissages très riches !

C’est par ailleurs un bon contre-poids à l’ego. Je ne compte plus le nombre de déconvenues par lesquelles je suis passées, ni le nombre de fois ou j’ai dû « faire mal à mon idée » parce que cette dernière n’était tout simplement pas compatible avec la réalité. Beaucoup d’humilité et d’apprentissages plus tard, j’aborde mieux les questions qui jalonnent ce projet et j’agis de manière plus pragmatique et donc plus efficace !

➡️ Ne vous arcboutez pas sur votre idée initiale et soyez attentifs aux évolutions à apporter au fil de l’eau

2️⃣ Point de salut sans test & learn

Entreprendre ça n’est pas repousser le plus possible le moment ou il faudra plonger sans savoir encore nager, c’est plonger le plus tôt possible pour maximiser le temps disponible pour apprendre et donc réussir.

Dans un potager soit vous plantez soit vous ne plantez pas, c’est aussi simple que ça. Seule la première option vous permettra de récolter (peut être) quelques légumes. Vous pourrez lire tous les livres que vous voulez, la seule chose qui vous permettra d’avancer c’est de vous lancer, d’agir, de mesurer et d’en tirer un apprentissage utile. Attention, je ne dis pas qu’il est inutile de lire et se documenter bien au contraire. Ce n’est simplement pas une raison pour repousser éternellement le moment ou vous devrez passer à l’action (un peu comme l’entrepreneur qui vous explique que son App est bientôt terminée et qu’elle sera incroyable, mais qui ne la sort jamais).

[blockquote]Aucun livre ne vous permettra d’être sûr·e à 100%, donc autant tester le plus rapidement possible quitte à devoir revoir votre copie plus tard.[/blockquote]

Le nombre de facteurs influençant la croissance des plantes dans un potager est en effet énorme, et vous ne pourrez pas tous les connaître en amont ni vous baser sur ce qui se passe chez votre voisin (par exemple entre le potager de Fabrice et le mien les enseignements ne sont pas toujours réplicables et les conditions ne sont clairement pas les mêmes).

Il vous faudra découvrir ces éléments et vous y adapter en live, même si la temporalité d’un potager n’est pas la même que celle d’un projet numérique 😏 Vous voulez savoir si telle variété peut pousser à un endroit particulier de votre potager, si elle est compatible avec le climat de votre région ?

À titre d’exemple la première année le potager n’a été opérationnel qu’à la mi-aout, soit trop tard pour certaines plantations comme les pommes de terre. Ayant sous la main 3 pommes de terre qui avaient germé et que je rechignais à jeter au compost, j’ai quand même fait une tentative. Deux mois 1/2 plus tard, à savoir fin octobre, j’ai récolté 500g de délicieuses pommes de terre. Pas si mal non ?

Au potager comme dans un projet, il ne faut par ailleurs pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. Il est conseillé de faire de multiples tentatives simultanées au début sur une même variété pour avoir matière à se décider l’année d’après sur la meilleure manière de procéder (ex : semis en serre ou pleine terre, à l’ombre ou au soleil, proche ou éloignée de la source d’arrosage…). Hé oui, l’A/B testing est aussi une des bases du jardinage.

➡️ Soyez curieux·se et créez votre propre équilibre à force d’apprentissages. Ne vous reposez pas sur la théorie car c’est la pratique qui vous permettra de progresser.

3️⃣ Votre sens de l’observation est votre meilleur allié

C’est l’un des fondamentaux du design thinking et de son ancêtre le marketing Mikoshi sur lequel nous insistons également beaucoup. La connaissance fine de son domaine d’activité et des usages des parties prenantes concernées est la clé pour concevoir des solutions utiles. La meilleure manière d’acquérir cette connaissance est l’observation sur le terrain et l’adoption d’une véritable démarche ethnologique.

Aiguiser son sens de l’observation permet de repérer le plus en amont possible les petites difficultés que rencontrent vos plantations et de réagir de manière adaptée et proportionnée, ou tout simplement d’anticiper les différentes taches que vous devrez faire. Si vous lisez le blog du Potager Perché, vous savez déjà que je défends le principe d’une intervention minimale dans le cycle de vie des plantations (plutôt logique dans un contexte de résidence secondaire). Néanmoins être capable de repérer certaines maladies ou nuisibles très tôt et d’intervenir de manière chirurgicale est important.

[blockquote]Les livres et publications en ligne vous donnerons de précieuses indications mais seule l’observation vous permettra de vous les approprier par rapport à la réalité de votre potager.[/blockquote]

Il n’y a en effet rien de pire que de se rendre compte qu’entre deux séjours dans votre résidence secondaire votre Poirée est totalement attaquée par l’Oïdium, que vous êtes passé·e·s à coté de la récolte des haricots verts qui sont devenus trop grands et trop filandreux, ou que vous auriez dû cueillir les cerises avant de partir plutôt que de les laisser aux oiseaux (c’est du vécu).

L’observation permet aussi années après années d’ajuster la localisation des plantations et d’exploiter les différences dans la vitesse de croissance et l’occupation de l’espace des différentes variétés de légumes afin d’optimiser les récoltes. Sans parler de l’impact des facteurs climatiques ou des types de sol sur vos légumes.

➡️ Ne vous basez pas uniquement sur vos impressions, règles établies ou hypothèses. Apprenez à exploiter rapidement les enseignements de vos observations sur le terrain.

4️⃣ Tout maîtriser est une illusion

Trop d’entrepreneurs oublient qu’ils n’ont aucune prise sur les plateformes ou services tiers qu’ils utilisent parfois avec une trop forte dépendance. On peut citer par exemple les derniers changements d’algorithme de Facebook, la tolérance temporaire de FB sur le dark-growth-hacking, celle d’Apple sur ses guidelines avec AppGratis ou encore le passage du modèle gratuit au modèle payant de l’API Google Maps.

Dans votre potager, c’est la même chose. La météo à elle seule en est l’exemple parfait. Cette année a été particulièrement chaude en mai-juin, le trimestre avril-mai-juin 2018 est d’ailleurs l’un des plus chauds depuis le début du 20e siècle ! Hors cette période correspond au moment des semis et dans un potager autonome vous n’êtes pas là pour arroser entre le moment ou vous plantez les graines et le moment ou les plants font quelques centimètres…

[blockquote]Vous pouvez vous donner à fond et être excellents dans toutes vos actions, vous n’êtes pas à l’abri d’un facteur externe qui viendra tout chambouler et avec lequel vous devrez composer.[/blockquote]

Malgré les Ollas présentes dans chacune de mes zones de culture pour l’apport en eau, nombreuses ont été les pertes dans cette période critique de la vie d’une plante. Si l’on rajoute les pluies diluviennes fin mai, la taupe qui s’est réinstallée et le lapin qui nous rend visite tous les jours… j’ai presque un mois et demi de retard dans la croissance des plantes entre l’année dernière et cette année 🙁 Là aussi l’humilité est de mise et l’observation importante pour ne pas se retrouver fort dépourvu quand la bise sera venue. Dans vos projets c’est exactement la même chose.

Un contre-exemple dans le domaine agricole pourrait être Agricool qui a conçu un système de production de fraises en container dans lequel ils maîtrisent à 100% l’ensemble des conditions de culture (lumière, nutriments, eau, etc). Pour autant, Agricool ne maîtrise pas 100% des externalités qui peuvent l’impacter et rien ne dit par exemple que demain les consommateurs ou distributeurs verront dans ces fraises l’incarnation de l’industrialisation de l’agriculture et ne les achèterons plus (je ne leur souhaite pas du tout et je trouve au contraire leur modèle intéressant dans une logique de complémentarité avec l’agriculture traditionnelle).

➡️ Soyez conscients des éléments clés de votre activité sur lesquels vous n’avez pas le contrôle, et anticiper toujours votre plan B.

5️⃣ Les recettes les plus simples sont toujours les meilleures

Faire preuve de créativité et innover c’est apporter des réponses simples à des questions complexes. Encore une fois, c’est un point sur lequel nous insistons beaucoup lors de nos ateliers en utilisant le célèbre acronyme KISS (Keep It Simple, Stupid !).

Dans un potager autonome c’est la même chose, les solutions les plus simples sont toujours les meilleures. À titre d’exemple, pour l’arrosage j’aurais pu mettre en place un système de goute à goute dans toutes les zones de culture en enterrant les tuyaux pour des questions esthétiques et pratiques. Mauvaise idée. Même si les questions d’arrosage sont importantes, le travail pour la mise en place d’un tel système sont beaucoup trop importantes et dans l’absolu ne permettent pas de mesurer si l’eau apportée est nécessaire (sauf à installer des capteurs pour n’arroser que si la terre est sèche, ce qui complique encore la mise en oeuvre).

Le choix KISS que j’ai fait est d’installer des Ollas, de simple pots de fleurs en terre cuite semi-enterrés qui grâce à leur porosité délivrent l’eau qu’ils contiennent uniquement si la terre est sèche. Un système artisanal vieux comme le monde, résilient et hyper efficace (les Ollas me permettent d’assurer 2-3 semaines d’arrosage).

Dans vos projets, il sera certainement plus naturel pour vous de vous tourner vers une solution complexe que de chercher à la simplifier au maximum. C’est pourtant le choix le plus efficace à faire. Cela demande du travail et une prise de recul importante mais petit à petit cette manière de penser deviendra un réflexe et vous permettra de gagner un temps précieux tout en maximisant l’efficacité de vos produits ou services.

➡️ Il existe toujours une manière plus simple et aussi efficace de faire les choses, ne vous satisfaites pas des premières pistes que vous avez imaginé.

6️⃣ Ne rejetez pas les acteurs traditionnels, ils ont beaucoup à vous apprendre

Une fausse idée assez courante sur l’innovation est le fait que les acteurs traditionnels font partie d’un passé à renier et que les étudier est une perte de temps. C’est complètement faux. Beaucoup d’entreprises innovantes sont lancées par des experts de l’ancien monde qui en ont mesuré les limites et qui s’appuient sur leur connaissances fines du domaine d’activité en question pour le réinventer.

Le jardinage n’échappe pas à la règle et si les partisans de la permaculture ou toute autre approche « naturelle » rejettent à raison l’agriculture intensive, certains enseignements des agriculteurs de petites et moyennes exploitations sont pourtant fort utiles. En effet, avant d’être des chimistes ces derniers sont d’abord des éleveurs et des cultivateurs qui ont acquis au cours des années une connaissance fine de la terre.

Challenger les idées reçues, être capable d’échanger et d’apprendre des acteurs traditionnels certains éléments clés du métier qui sont invariants quelque soit la pratique est d’ailleurs un des constats partagé lors d’une discussion que j’ai eue l’été dernier avec l’un des fondateurs de l’espace test agricole du Perche (dont nous sommes aussi voisins).

Au Potager Perché nous sommes entourés d’exploitations traditionnelles et nous pourrions parfaitement les ignorer et ainsi passer à coté de beaucoup d’enseignements. À titre d’exemple, j’ai vu dans les pluies diluviennes de fin mai l’opportunité de décaler ma venue d’une semaine en me disant que les conditions étaient parfaites pour que les graines plantées une à deux semaine plus tôt puissent germe.

Grosse erreur. J’ai appris plusieurs semaines plus tard via un voisin agriculteur qu’une pluie de cette force tassait tellement la terre qu’une croute épaisse et dure se formait, croute que les semis ne pouvaient percer.

Après un épisode pluvieux comme celui-ci, tout comme ses confères ce voisin passe toujours un léger coup de fraise sur la terre pour casser les quelques centimètres de croute nouvellement formée et permettre aux semis de la traverser. Ne le sachant pas, je n’ai rien fait et une bonne partie des graines plantées n’ont pas germé, ce dont je me suis rendu compte trop tard.

➡️ Soyez pragmatiques et curieux, ne rejetez pas en bloc l’ancien monde mais cherchez plutôt à en exploiter la substantielle moelle.

7️⃣ L’agilité passe par la planification, l’organisation et la data

Être agile ne signifie pas vivre l’instant présent sans penser au lendemain et prendre ses décisions au jour le jour. C’est au contraire être si bien organisé que chaque acteur puisse avoir une vision d’ensemble et être capable de prendre une décision rapidement en se basant sur des faits concrets.

Dans un potager la planification et la préparation sont très importantes, d’autant plus dans la recherche de l’autonomie comme au Potager Perché. Il y a en effet tout au long de l’année de nombreuses tâches à effectuer et les aborder au jour le jour voire dans l’urgence est la meilleure manière de mal faire (et de devoir y passer 2x plus de temps). À titre d’info je gère sous Trello l’ensemble des taches récurrentes ou ponctuelles relative au potager, avec une logique SCRUM de backlog et todo-doing-done chaque mois.

De cette façon, j’ai une vue d’ensemble sur la charge de travail qui m’attend les we ou vacances où je descends dans le Perche, et je peux aborder sereinement les tâches qui nécessitent de l’anticipation et de la réflexion en amont de l’exécution.

L’un des facteurs clés de la réussite de votre potager autonome est également son design, et en particulier la place des différentes variétés de fruits et légumes à planter qui rappelons le varie chaque année. Sur l’emplacement, je ne fais pas partie des puristes dans le sens ou je cultive dans des carrés et que contrairement à la pleine terre il faut une nombre très important de carrés si l’on veut vraiment respecter toutes les règles (ne pas planter la même variété avant x années, ne pas planter telle variété à coté de telle autre, etc).

Néanmoins la pire manière de procéder est de se poser la question « que vais-je planter ici » en étant dans le potager avec ses sachets de graines, car prendre de la hauteur et du recul sera plus difficile. Le faire tranquillement le soir avec un verre de vin ou de tisane est une bien meilleure manière de procéder 😉

Je comptabilise également l’ensemble des récoltes afin de pouvoir évaluer d’une année sur l’autre les légumes qui se plaisent ou non au potager, les bonnes associations et les ratés. Je fais en sorte de noter également un maximum d’éléments sur les expérimentations que je mène et sur les évènements qui jalonnent la vie du Potager Perché. Je manque encore de data pour en tirer quoi que ce soit mais d’ici un ou deux ans ce devrait être très instructif.

➡️ Prenez le temps de mettre à plat les actions ou chantiers que vous devez réaliser, organisez les de manière visuelle et collectez un maximum de data associée (même si vous ne l’exploitez pas immédiatement)

🎁 Le travail manuel permet de faire le vide dans votre esprit et de trouver plus rapidement des solutions à vos problèmes

Steve Jobs, Beethoven et Virginia Woolf (écrivaine anglaise) marchaient. Padmasree Warrior (Cisco), David Lynch et Marissa Mayer (Yahoo) méditent tous les jours. Jack Dorsey(Twitter) court tous les matins. Richard Branson commence sa journée par du sport (natation, kite-surf, tennis…). John D. Rockefeller, Benjamin Franklin et Thomas Edison écrivaient (ils tenaient un journal).

Quant à moi je fais le vide dans mon esprit et booste ma créativité en jardinant le WE !

De la même manière que l’écriture permet une meilleure mémorisation des notes que la saisie clavier, le fait de mobiliser son corps autour d’une tache manuelle permet de booster sa créativité et sa capacité à résoudre les problèmes.

Vous avez peut être remarqué qu’après votre douche du matin tout vous parait plus clair, que vous avez trouvé sans même y réfléchir des pistes de solutions aux problèmes que vous rencontriez, etc. Pratiquer une activité manuelle permet d’arriver aux même résultats mais puissance 1000 💪🏽

➡️ À chacun sa manière de se rebooster et de décupler sa créativité, à vous de trouver la pratique qui vous apporte le plus !

Fabien GrenetCofondateur de There is no spoon, Fabien est tout autant passionné par l'innovation et le numérique que par le jardinage. Il partage sa vision et son expérience sur Take the Red Pill, ainsi que ses expérimentations agricoles sur Le Potager Perché. There is no spoon est une agence écosystème fédérant des freelances partageant un même objectif : permettre d'accélérer les projets en exploitant les leviers du numérique (état d'esprit, méthodes, outils).