Entreprise collaborative : un peu d’humilitĂ© ?

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Le 18 janvier 2013

Hier et ce matin ont eu lieu deux Ă©vĂ©nements organisĂ©s par l‘entreprise 2.0 Summit dont le thème cette annĂ©e est Enabling the Social Enterprise (R)Evolution. Les interventions portaient sur les moyens d’Ă©tendre Ă  toute l’entreprise les dynamiques collaboratives & sociales, dont la mise en oeuvre n’a jusqu’Ă  prĂ©sent que rarement eu un impact organisationnel, afin d’inscrire dans […]
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Hier et ce matin ont eu lieu deux Ă©vĂ©nements organisĂ©s par l‘entreprise 2.0 Summit dont le thème cette annĂ©e est Enabling the Social Enterprise (R)Evolution. Les interventions portaient sur les moyens d’Ă©tendre Ă  toute l’entreprise les dynamiques collaboratives & sociales, dont la mise en oeuvre n’a jusqu’Ă  prĂ©sent que rarement eu un impact organisationnel, afin d’inscrire dans l’ADN de l’entreprise ces pratiques, postures, comportements, … qui après avoir transformĂ© le monde dans lequel elle s’inscrit sont aujourd’hui un levier de compĂ©titivitĂ©, diffĂ©rentiation et innovation.

Je ne reviendrai pas sur le contenu des interventions, d’autres le font aussi bien voire mieux que moi. Je prĂ©fère partager avec vous les quelques rĂ©flexions que ces deux Ă©vĂ©nements m’ont Ă©voquĂ©.

humble

Un peu d’humilitĂ©

Mea culpa, passionnĂ© que je suis il m’est souvent arrivĂ© d’aborder les questions liĂ©es Ă  la transformation de l’entreprise de manière très rigide en assĂ©nant des vĂ©ritĂ©s qui, bien que pas dĂ©connantes, restaient essentiellement valables dans le monde des bisounours. Bien sur, dans une volontĂ© de gĂ©nĂ©ralisation et de vulgarisation il est logique d’appliquer une approche de « modèle » mĂŞme s’il elle se heurte rapidement au principe de rĂ©alitĂ© qui est que chaque entreprise est diffĂ©rente dans la manière de vivre son organisation quand bien mĂŞme celle-ci est construite sur un mĂŞme modèle top-down.

Cependant, je ne peux m’empĂŞcher quand j’entends certaines interventions ou lis certains billets de rĂŞver Ă  un peu plus d’humilitĂ© lorsque nous abordons ces sujets, en particulier quand ils ont pour but de sensibiliser ou Ă©vangĂ©liser. 

Certes, nous avons une expĂ©rience riche sur ces sujets et des convictions quant aux bonnes pratiques de mise en Ĺ“uvre. Mais ça ne nous empĂŞche pas de les exprimer avec un poil plus d’humilitĂ©, et d’admettre que nous ne sommes pas dĂ©tenteurs du savoir universel mais faisons partie d’un ensemble de bâtisseurs qui petit Ă  petit, d’Ă©chec en rĂ©ussites, allons contribuer Ă  permettre Ă  chaque entreprise d’identifier son modèle adaptĂ© au monde d’aujourd’hui. Je suis conscient que l’humilitĂ© peut paraĂ®tre incompatible avec la notion d’expert mais en rĂ©alitĂ© l’humilitĂ© est un levier de dĂ©veloppement de la lĂ©gitimitĂ© car n’oublions pas que c’est une des valeurs fondamentales des postures collaboratives que nous poussons l’entreprise Ă  adopter…

Ă€ noter que j’ai particulièrement apprĂ©ciĂ© les interventions de Areva et Schneider Electric ce matin dans lesquelles Martin Roulleaux-Dugage et Louis-Pierre Guillaume ont fait preuve de beaucoup d’humilitĂ© en admettant ne pas toujours savoir si la direction qu’ils empruntaient Ă©tait la bonne mais que le seul moyen de le savoir Ă©tait de l’emprunter (l’exemple de la peur de l’inconnu qui a poussĂ© l’Ă©quipage du bateau Essex à faire le choix le plus risquĂ© et Ă  le payer au prix fort Ă©tait d’ailleurs très pertinente).

Autant de modèles que d’entreprises

Thierry de Baillon me le faisait remarquer hier, on part de l’hypothèse qu’un modèle unique est appliquĂ© aujourd’hui en entreprise alors que finalement ce modèle est essentiellement une enveloppe dans laquelle chaque entreprise vit diffĂ©remment sa propre rĂ©alitĂ© organisationnelle (c’est d’ailleurs ce que disais rĂ©cemment le PDG de jamespot Alain Garnier dans un billet sur collaboratif-info que j’ai particulièrement apprĂ©ciĂ©).

Cependant, malgrĂ© cette diversitĂ© de manière de vivre son organisation top-down, ce type d’organisation se traduit tout de mĂŞme dans les grandes lignes par une certaine verticalitĂ© : les biens nommĂ©s silos que l’on cherche Ă  casser mĂŞme si par ailleurs une certaine transversalitĂ© existe « dans les faits », transversalitĂ© que l’on va chercher Ă  lĂ©gitimer organisationnellement.

Pour autant, il n’existe pas Ă  mon sens de « modèle » d’entreprise collaborative applicable Ă  tous. Je suis fermement convaincu que si un certain nombre de pratiques peuvent se retrouver un peu partout, la difficultĂ© actuelle est que chaque entreprise va devoir faire un travail sur elle mĂŞme pour se comprendre, mĂŞme si elle pense dĂ©jĂ  le savoir, et identifier les points clĂ©s de son ADN qui ont de la valeur Ă  ĂŞtre adaptĂ©s Ă  la nouvelle rĂ©alitĂ© du monde dans lequel elle s’inscrit. En rĂ©sumĂ© : chaque entreprise va devoir imaginer, inventer, dĂ©couvrir et expĂ©rimenter son propre modèle d’entreprise collaborative !

Employees first

Pour ce faire, une autre de mes convictions est qu’avant de travailler sur l’entreprise en elle mĂŞme, sur son organisation, il est nĂ©cessaire de faire un travail axĂ© sur les employĂ©s. Quand je dis travailler sur ses employĂ©s, je pense à observer, explorer, comprendre les motivations qui poussent ces derniers Ă  donner le meilleur d’eux mĂŞme et toutes les raisons qui font qu’ils le peuvent ou non, qu’ils le veulent ou non. C’est d’ailleurs l’approche poussĂ©e par le livre Employees First de Vineet Nayar citĂ© plusieurs fois hier soir (la traduction française existe aussi).

Je n’ai pas la prĂ©tention de savoir comment doit ĂŞtre abordĂ©e cette question dans toutes les entreprises, ni celle de dire que ce travail est le seul qui permette une transformation rĂ©ussie et pĂ©renne, seulement la conviction qu’il ne faut pas nĂ©gliger ce point et prendre le temps pour chaque entreprise de regarder Ă  quel moment il est pertinent de creuser le sujet en fonction de son contexte (et qui est le plus lĂ©gitime pour le creuser). Par ailleurs, je suis Ă©galement convaincu qu’identifier les Ă©lĂ©ments clĂ©s de l’ADN de l’entreprise sur lesquels articuler cette transformation ne peut pas ĂŞtre fait de manière plus pertinente qu’en mobilisant l’ensemble de l’entreprise et en Ă©coutant puis partageant Ă  la fois la vision bottom et top.

Sur le pĂ©rimètre que couvre la notion d’employĂ©s, un insight intĂ©ressant de ce matin est le fait que chez Areva les employĂ©s sont aussi ceux qui sont Ă  la retraite et qui peuvent, sur base du volontariat, continuer Ă  partager leurs connaissances & expertises sur les projets qui le nĂ©cessitent. Une belle vision vous ne trouvez pas ?

Enterprise 2.0 = solve problem

La tendance actuelle pour dĂ©finir l’entreprise 2.0, après celle de McAffee qui est rĂ©solument datĂ©e et plus vraiment adaptĂ©e Ă  la maturitĂ© actuelle du monde sociĂ©tal et de l’entreprise, est de dire que cette transformation de l’entreprise Ă  pour but de lui permettre de mieux rĂ©soudre les problèmes qu’elle rencontre (problème Ă©tant Ă  prendre au sens mathĂ©matique du terme, non connotĂ© nĂ©gativement).

Ça n’est bien sur pas le seul but mais c’est un but qui a le mĂ©rite d’ĂŞtre lisible et de parler Ă  tous, tant Ă  la DG que jusqu’aux opĂ©rationnels en bout de chaĂ®ne. Ă€ ce titre il me semble que c’est le signe d’une certaine maturitĂ© des acteurs de cette transformation, qu’ils soient internes ou externes Ă  l’entreprise, et que cette maturitĂ© prĂ©sage un nouveau cycle dans la mise en Ĺ“uvre de ces transformations beaucoup plus centrĂ© qu’aujourd’hui sur le « pour aider concrètement dans notre travail de tous les jours » et moins sur le « pour mieux nous outiller » !

Personnellement je suis assez en phase avec ce positionnement, car sa simplicitĂ© et sa clartĂ© permettent Ă  chacun de mettre le focus immĂ©diatement sur la valeur ajoutĂ©e et de donner tant une vision d’ensemble qu’une logique de transformation par Ă©tapes, un « problème » après l’autre .

Accompagner ce changement par le design de service ?

Enfin, plus je regarde la manière dont se structure l’accompagnement de cette transformation plus je suis convaincu que faire appel Ă  des designers de service en plus des consultants classiques permettrait d’apporter un regard diffĂ©rent et d’ajouter un angle supplĂ©mentaire pour aborder ces questions. L’idĂ©e n’est pas d’opposer telle ou telle approche, mais plutĂ´t de capitaliser sur la manière de faire des uns et des autres car dans les grandes lignes pour exercer dans les deux milieux (conseil en entreprise 2.0 & design de service) les similitudes sont grandes et les diffĂ©rences deviennent une force si on les met au service du mĂŞme objectif.

LĂ  non plus, je ne cherche pas Ă  vendre ma came mais plutĂ´t Ă  apporter des pistes permettant d’Ă©largir un peu la discussion et de prendre de la hauteur car n’oublions pas qu’Ă  toujours naviguer dans les mĂŞmes eaux on fini par en oublier que l’ocĂ©an est avant tout imprĂ©visible et on risque fort de se faire surprendre. C’est prĂ©cisĂ©ment une des raisons qui m’on poussĂ©es Ă  me mettre Ă  mon compte et Ă  ne pas me spĂ©cialiser dans un domaine donnĂ© quitte Ă  rendre mon profil moins lisible, car cela me permet de chaque jour rencontrer des zones de friction qui viennent challenger ma zone de confort.

 

Bref, il reste encore beaucoup de chemin Ă  parcourir, d’erreurs sur lesquelles capitaliser et de succès sur lesquels s’appuyer. Nous avons tous Ă  apprendre les uns des autres si nous voulons construire une vision de l’entreprise (et non un modèle) adaptĂ©e aux enjeux d’aujourd’hui et surtout de demain, c’est pourquoi je vous invite Ă  assister Ă  l’Enterprise 2.0 Summit dont l’Ă©dition 2013 sera placĂ©e sous le signe de la co-crĂ©ation (ateliers crĂ©atifs, hackatons, …).

Fabien GrenetCofondateur de There is no spoon, Fabien est tout autant passionné par l'innovation et le numérique que par le jardinage. Il partage sa vision et son expérience sur Take the Red Pill, ainsi que ses expérimentations agricoles sur Le Potager Perché. There is no spoon est une agence écosystème fédérant des freelances partageant un même objectif : permettre d'accélérer les projets en exploitant les leviers du numérique (état d'esprit, méthodes, outils).