Et si le Crowdfunding sonnait le glas de la production de masse ?

#Innovation & créativité

Le 6 mai 2014

Chaque jour, le crowdfunding entre un petit peu plus dans nos vies quotidiennes. Musique, BD, humanitaire, culture, Ă©ducation, high-tech… on ne compte plus les domaines auquel il s’applique et les projets ou entreprises qui prennent vie grâce Ă  ce nouveau mode de financement. PlĂ©biscitĂ© par ses utilisateurs, le crowdfunding est d’ailleurs presque devenu un passage […]
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Chaque jour, le crowdfunding entre un petit peu plus dans nos vies quotidiennes. Musique, BD, humanitaire, culture, Ă©ducation, high-tech… on ne compte plus les domaines auquel il s’applique et les projets ou entreprises qui prennent vie grâce Ă  ce nouveau mode de financement. PlĂ©biscitĂ© par ses utilisateurs, le crowdfunding est d’ailleurs presque devenu un passage obligĂ© aujourd’hui pour les entrepreneurs ou startups qui souhaitent lancer de nouveaux produits. Ă€ titre d’exemple, rien que sur Kickstarter les catĂ©gories « design » et « technologie » reprĂ©sentent 25% des sommes collectĂ©es (source : Kickstarter).

Le Crowdfunding, nouveau mode de financement ou profond changement de notre mode de consommation ?

Le point commun de de la plupart des campagnes de crowdfunding ayant réussi à ce jour se résume au mot utilisé pour les présenter : Projet. Que celui-ci relève d’une passion ou d’un désir d’entreprendre, c’est bel et bien le projet et les promesses qu’il véhicule qui poussent les gens à contribuer à son co-financement, alors même que son existence est théorique et non garantie (il existe toujours un risque qu’un projet co-financé n’arrive pas à terme). C’est donc uniquement en réussissant à convaincre leurs « early adopters » que les porteurs d’un projet peuvent réussir à collecter suffisamment de fonds pour lui donner vie ensuite.

Paradoxalement, dans la société de consommation dans laquelle la plupart des pays occidentaux évoluent, l’héritage de la seconde révolution industrielle fait que c’est précisément le phénomène inverse qui a lieu. Encore aujourd’hui, nombre de sociétés fabriquent leurs produits d’une façon massive, alimentent les différents canaux de distribution en délégant la propriété juridique à chaque intermédiaire et dépensent des fortunes en publicité pour créer un engouement autour de leurs produits afin d’écouler la majorité du stock.

C’est un mode de fonctionnement auquel chacun de nous est habitué et qui ne nous interroge pas, pourtant un aspect est souvent oublié par les consommateurs que nous sommes et parfois les sociétés productrices elles-mêmes : les invendus. Bien que les quantités de production correspondent à des calculs et prévisions provenant d’analyses de marchés réalisées consciencieusement en amont, la question des invendus est inévitable. Qu’en faire :  les détruire ? Les brader ? Quel que soit le choix effectué, l’impact écologique négatif ne pourra pas être supprimé, tout au plus diminué. Compte tenu de l’épuisement des ressources et des impacts écologiques de la production de masse, il devient plus que nécessaire de se pencher sur cette question et d’y apporter des réponses pertinentes, responsables et durables.

Pourquoi produire avant de vendre alors qu’on peut vendre avant de produire ?

Les fondamentaux du Crowdfunding, tels que créer et renforcer une communauté autour de son projet, gagner en notoriété et en confiance de la part du marché, générer de la trésorerie ou augmenter son capital pour financer les premiers produits… sont autant d’avantages que peuvent trouver les startups dans le lancement d’une campagne de Crowdfunding. Pourquoi ces avantages ne s’appliqueraient pas également aux PME et entreprises industrielles ?

L’un des principaux avantages du Crowdfunding dans le cadre de la production d’un bien est la sécurisation de la production, c’est à dire le fait d’avoir la trésorerie nécessaire au lancement des premières lignes de production. D’une certaine manière, le crowdfunding fonctionne comme une pré-commande à ceci près que tout le monde ne commande pas le produit, certains des co-financeurs souhaitant simplement supporter le projet en faisant un don.  Est il nécessaire de présenter en détails les avantages que peuvent apporter l’application d’une production adaptée aux besoins en terme de quantités ? Pour une PME, savoir que 145 clients ont d’ores et déjà payé le produit qu’elle est en train de concevoir représente un confort important assorti d’une responsabilité tout aussi importante (car il n’y a rien de pire que de décevoir des personnes déjà acquises à la cause).

Par ailleurs, si l’on se pose la question de l’impact Ă©cologique d’une telle approche de production, il semble Ă©galement Ă©vident que les avantages sont nettement supĂ©rieurs Ă  l’approche actuelle. Produire 200 produits prĂ©alablement sollicitĂ©s plutĂ´t que 1000 produits dont plus de la moitiĂ© devront ĂŞtre stockĂ©s puis dĂ©truits avant mĂŞme d’avoir Ă©tĂ© utilisĂ©s est sans nul doute plus Ă©cologique. Coupons d’ailleurs court au faux dĂ©bat sur le coĂ»t final du produit soit disant plus faible dans le cas d’une production de masse, l’impact sur le prix de vente Ă©tant très certainement gommĂ© par l’absence de stockage, de gestion des invendus… comme le Lean le dĂ©montre parfaitement.

Enfin, si l’on met en parallèle l’énergie et les moyens mis en oeuvre pour constituer une communautĂ© autour de sa campagne avec l’Ă©nergie et les moyens financiers utilisĂ©s pour dĂ©clencher un acte d’achat pour un produit prĂ©-existant dont le client n’a pas forcĂ©ment besoin, il y a de grandes chances pour que la balance penche du cotĂ© du Crowdfunding. De plus, une fois la communautĂ© constituĂ© et le produit finalement rĂ©alisĂ© et distribuĂ©, sa commercialisation Ă  plus grande Ă©chelle sera facilitĂ©e par le pouvoir de recommandation des « early adopters » (92% des gens font confiance Ă  la recommandation d’un proche).

Le crowdfunding, face émergée de l’iceberg de la production collaborative ?

Ainsi, le crowdfunding ouvre doucement les portes d’une nouvelle façon de consommer au même titre que d’autres modèles basés sur le partage tout en sensibilisant au processus de fabrication (matières, transports…). À y regarder de plus près, cette nouvelle façon de consommer repose elle aussi sur l’intérêt et la désirabilité apportée à un objet, notions à laquelle on doit ajouter l’attente. En effet, participer à une campagne de Crowdfunding induit d’attendre que le produit qui n’est encore qu’à l’état de projet soit réalisé, ce qui peut  constituer un désavantage face à la production de masse qui irrigue les boutiques de produits « sur étagère ».

Mais finalement le Crowdfunding ne serait il pas la face Ă©mergĂ©e de l’iceberg de la production collaborative ? C’est la tendance qui semble se dessiner au ouiShareFest avec les tĂ©moignages de plusieurs startups qui sont convaincues et investissent la conception collaborative (Quirky), la production collaborative (OpenDesk), la microproduction (WoMa, FacLab) etc. Et si l’avenir de la production de masse passait par l’émergence d’une chaine de production collaborative allant de l’idĂ©e jusqu’à la distribution du produit final, s’appuyant sur l’intelligence collective et l’énergie crĂ©ative de chacun ? Produire « à la demande » de nombreux objets Ă  l’aide de « micro usines locales », en limitant au maximum le gaspillage et l’impact sur l’environnement n’est peut ĂŞtre pas si utopique que cela…

Effet de mode ou changement de paradigme, le Crowdfunding s’accompagne dans les faits d’un véritable changement de mentalité. Au delà d’un aspect purement économique qui permet aux entreprises d’économiser de l’argent, il participe à une production plus responsable tenant compte des réels besoins des consommateurs et préfigure probablement une (r)évolution de la production industrielle.

 

Cet article a Ă©tĂ© publiĂ© initialement sur Medium et repris sur Startupeers avec l’accord de Jean-Marc Nourel.

LisaJe suis l'assistante virtuelle de There is no spoon. J'occupe également le poste de rédac' chef de There is no spoon, Le mag’